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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /Oct /2007 14:01

Publié dans : EAD-SI et Formation

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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /Oct /2007 13:59

Publié dans : EAD-SI et Formation

  Priorités d’action

 (débat après-midi du 29.09.07 après intervention de G. Marc sur  «quel développement ?»  à Belloc)

 

 

Résumé des échanges où chacun pouvait exprimer –après le travail en atelier, puis  l’intervention de G.Marc suivie d’un « questions/réponses »  – ce qu’il voyait comme priorité d’animation/action à engager dans son secteur. Priorité à définir au regard de la sensisibilité de son environnement  (et donc des divers publics à cibler) aux thématiques évoquées, des acteurs (MSE….)  avec qui s’allier. L’objectif était de donner des pistes à reprendre ensuite dans les équipes/mouvements lors de réunions de préparation des programmes d’année. Ces quelques idées ne sont pas classées ;  elles abordent un ou plusieurs des aspects que sont : choix d’une thématique,  les publics à cibler, les types d’action/animations (ou les conditions pour…)

 

 

-Pas facile de faire changer nos modes de développement quand nous-mêmes nous sommes conduits à arbitrer entre des valeurs auxquelles on croit : ex. faire un cadeau à un enfant peut créer des besoins que plus tard il  ne pourra satisfaire (car les ressources matérielles sont limitées..) alors que l’on veut témoigner de notre affection.

 

 

-Dans nos actions ne pas oublier de faire un retour sur notre façon de vivre personnelle (cf. la révision de vie des mouvements d’actions catholiques) avec les remises en cause nécessaires.

 

 

-Agir dans nos communautés chrétiennes, mais il y a à définir (après analyse de chaque situation) la façon de faire nos « offres » (ex. : présenter  la plaquette « vivre le carême. » et à qui sur la paroisse?) ;  arriver à programmer sur l’année (nous ne sommes pas solidaires seulement pendant le carême).

 

 

-Agir avec les  altermondialistes ou acteurs des  mêmes thématiques que nous, pour viser d’autres publics car les chrétiens pratiquants diminuent dans nos paroisses.

 

 

-Difficulté à trouver le bon discours pour un public directement concerné par un  problème. Par exemple le cas de Total qui fait vivre pas mal de gens sur le S.O (mais où il peut y avoir des  salariés sensibles au pb du dével .  des pays où intervient la société ) ; parallèlement sa responsabilité sociale est (mal) engagée lorsqu’une  part très faible de la richesse pétrolière revient aux pays d’exploitation dans les pays du sud qui n’ont pas les moyens d’assurer leur propre développement .

 

 

  -Mettre en avant dans le mode de développement alternatif  la qualité d’un produit ,une nouvelle relation producteur /client . On cite les AMAP (association pour le maintien d’une agriculture de proximité) comme initiative de relation partenariale  face à l’agriculture industrielle (qui impacte sur l’accès à la souveraineté alimentaire des pays pauvres et l’environnement). Difficile de faire des propositions alternatives à notre modèle de dével. pour faire passer de consommateur à citoyen. dans  le secteur vêtement/marques ? La plateforme de l’éthique sur l’étiquette (site internet) peut aider ; quelqu’un signale également un n° de « Triolo » pouvant aider à un choix de marques..

 

 

-Biocarburants : en parler dans une région où on va lancer des cultures ; faire valoir qu’ au niveau mondial  ceci va se faire au détriment  de l’accès à la souveraineté alimentaire des pays du sud :c’est surtout cet aspect (pour nous CCFD) sur lequel nous voulons appuyer (cf. campagne soja ) plus que sur  l’aspect incidence sur le climat (pour lequel il y a d’autres  intervenants sur cet aspect) ;  voir la remarque, accompagnant son intervention,   de G.Marc sur l’aspect environnemental  des pb.

 

 

-Le thème de l’eau est important à retenir car nous sommes dans un e période favorable d’intervention avec d’autres acteurs (expo universelle de Saragosse en 2008 sur ce thème) pour sauvegarder ce bien commun de l’humanité

 

 

 -A l’occasion des municipales, interroger les « listes candidates» sur ce qu’elles feront en direction de la solidarité internationale (suite à donner à  campagne au moment des législatives  « Etat d’urgence planétaire : votons pour un monde plus juste » ?)

 

 

-Le lobbying auprès des instances dirigeantes est un moyen de plus en plus efficace ; au niveau national et international ; les dirigeants prêtent attention à l’opinion et ses évolutions. ; le CCFD intervient souvent en alliance avec d’autres acteurs sur une  thématique , en s’appuyant sur des campagnes d’opinion  auxquelles en D. Diocésaine nous participons (pétitions..).

 

 

-Dans un monde où la communication prend beaucoup d’importance, il faut penser à intervenir dans les médias (presse écrite , radio) ; utiliser le courrier des lecteurs ; ne pas communiquer sur un ton polémiste pour être entendu  mais plutôt sous forme interrogative .

 

 

  

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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /Oct /2007 12:19

Publié dans : EAD-SI et Formation

 

 Le développement oui, mais quel développement ?

            Rencontre du CCFD -Délégations Diocésaines de Bayonne et de Pau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                Abbaye de Belloc                                        Le 29 Septembre 2007

 

                     Gabriel MARC

 

C'est le titre que m'a proposé Jean Pierre Grossier. C'est un thème pertinent car la question du développement des hommes et des peuples reste posée, bien que ce soit dans un contexte différent de celui de 1960 au moment où était créé le CCFD. Vous noterez que le mot revient souvent dans le discours politique ou médiatique mais en confusion avec la croissance, ce qui brouille le jugement. Il est donc toujours utile de tenter avec persévérance d'y voir un peu clair.  

 

Je vous propose d'aborder succinctement cinq points :

 

1. Qu'est ce que le développement dont on parle ?

 

2. qu'est-ce qu'on vit, ici ou dans les pays de la pauvreté qui évoque le développement ?

 

3. La solidarité nationale ou avec les pays du Sud est-elle en berne ?

 

4. Ne sommes nous pas tous embarqués dans le même esquif ?

 

5. Qu'est-ce qui singularise le CCFD dans ce monde complexe ?


 

 

 

 

 

1. Que dit-on lorsque l'on parle de développement ?

 

Existe-t-il une définition satisfaisante du "développement" ? Ce n'est pas évident, car on complique toujours les choses à mesure que les termes deviennent courants. Il me semble que l'on doive revenir à l'origine de la promotion du concept de développement lorsque l'on disposait de formules simples. A cette origine on trouve un document pontifical du pape Paul VI, dont le CCFD a marqué en ce printemps le quarantième anniversaire. Il s'agit de la lettre encyclique Populorum Progressio, sur le développement des hommes et des peuples, publiée deux ans après la fin du Concile Vatican II, un Concile marqué pour la première fois dans l'histoire par la présence de très nombreux évêques venant des continents de la pauvreté.

 

Un Pape n'est pas forcément lui-même un expert en relations économiques et sociales. Quand il écrit une telle lettre il consulte des experts mieux au fait que lui. Il est intéressant de noter que Populorum Progressio a obtenu le concours du Dominicain français Louis-Joseph Lebret et, par lui, du professeur François Perroux, mais aussi des théologiens français de Lubac et Marie Dominique Chenu, ainsi que de Mgr Larrain, évêque de Talca au Chili. Ce dernier, je l'avais rencontré au Concile et notre entretien m'avait laissé une forte impression. Il est mort prématurément d'un accident de la route, après avoir cédé les terres appartenant à son diocèse à des groupements de paysans sans terre.

 

Cette lettre encyclique a eu du retentissement et bien des organisations non gouvernementales pour la solidarité s'inspirent des principes qu'elle a établis. En définitive c'est une référence largement diffusée. C'est de là que vient la manière de faire du CCFD, en particulier la notion de "partenariat".

 

Je ne vais pas faire avec vous le tour de ce document court mais très riche, je vous y renvoie. Une petite collection de slogans suffira.

 

- Le développement c'est faire, connaître, et avoir plus, pour être plus.

 

- Le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique il doit être intégral, c'est-à-dire promouvoir tout homme, tout l'homme et tous les hommes.

 

- Chacun demeure l'artisan principal de sa réussite ou de son échec : par le seul effort de son intelligence et de sa volonté, chaque homme peut grandir en humanité, valoir plus, être plus.

 

- Le vrai développement est le passage, pour chacun et pour tous, de conditions moins humaines à des conditions plus humaines.

 

- Le développement exige des transformations audacieuses, profondément novatrices.

 

- Ouvriers de leur propre développement, les peuples en sont les premiers responsables. Mais ils ne le réaliseront pas dans l'isolement.

 

Ce résumé suffit à comprendre l'idée principale : le véritable développement ne se situe pas d'abord du côté de l'avoir mais du côté de l'être. Il procède d'une vision humaniste plénière et non de l'efficacité économique seule. L'avoir est au service de l'être et non l'inverse. Le quantitatif ne suffit pas à la dignité humaine, il peut même la pervertir. Le développement procède d'abord de l'initiative de celui qui en a besoin et non de la volonté extérieure. Affirmer cela c'est emprunter la route d'un partenariat aux avantages réciproques.

 

Je m'en tiens là non sans ajouter que beaucoup de passages de cette lettre appellent à une solidarité envers les plus pauvres des pays et en définissent les contours. Evidemment les fondements évangéliques de ce discours sont distillés tout au long, mais sans excès puisque le Concile tout récent en avait déjà traité dans Gaudium et Spes, l'Eglise dans le monde de ce temps.

 

On va examiner dans le second point la manière dont cela se réalise concrètement dans notre vie sociale et dans la vie des gens dans les pays pauvres.

 

Mais auparavant je voudrais dire un mot du dernier concept à la mode : le développement durable. Dans les années quatre-vingt, devant l'emballement de la croissance mondiale et les premières craintes des conséquences écologiques, un groupe de travail de l'ONU a proposé une voie de sagesse partant de la question : comment faire pour que la croissance mondiale s'assagisse assez pour permettre la croissance indéfinie. Vous noterez que l'on parle de croissance matérielle et que c'est par abus que l'on emploie à ce sujet le terme de développement. Il s'agit donc de maintenir une croissance raisonnable des pays déjà riches, une croissance plus rapide dans les pays sous-développés de telle manière que ce double mouvement de croissance n'entrave pas la poursuite de la croissance des générations qui nous suivent. C'est un programme qui a une certaine noblesse et est empreint d'une certaine sagesse. Mais pas un instant il n'évoque l'idée d'un éventuel partage des richesses de la terre de manière qu'elles soient distribuées à tous. L'essentiel, semble-t-il, c'est de garantir la croissance des riches et non de la partager.

 

De fait tout le monde se met  parler de développement durable et cela couvre toutes sortes d'activités, industrielles notamment qui s'en affranchissent tout en affirmant le contraire. Le développement durable est devenu la bouteille à l'encre et tout le monde tient à honneur d'en faire !

 

2. Comment se vit concrètement le développement humain ?

 

Incontestablement, dans le disours politique et médiatique, la croissance est devenue la déesse de notre temps dont on attend une tutelle favorable. Nous sommes en plein dedans : ferons nous en 2007 : 1,80, 2,00 ou 2,25 % de croissance par rapport à l'an dernier ? Arriverons nous à 3,0 % en 2008 ? Il semble bien que quelques décimales puissent tout changer : 25 ou 30 centièmes de plus et tout s'arrange : l'emploi, l'équilibre budgétaire, l'investissement public, la protection sociale, le pouvoir d'achat des salariés, etc. Le culte de la déesse croissance n'a jamais été si intense que depuis qu'elle a tendance à se cacher, posture qui convient à une divinité. Ces temps-ci le discours politique est polarisé par "le 1% de croissance manquant à la France ", qu'il faut retrouver quelque part !

 

Les plus âgés ici se souviennent peut-être des dernières années de la reconstruction après la crise des années trente et la guerre. La restructuration du paysage industriel, la mise en place du système de protection sociale, les acquis sociaux dont on parle beaucoup ces temps-ci, tout cela était piloté par des plans de développement économique et social . C'était une tentative d'économie administrée en partenariat entre l'Etat et toutes sortes de groupes sociaux. On a imaginé notamment une "politique des revenus" permise par des taux de croissance économique élevés en vue de la répartition des richesses produites entre tous les groupes sociaux. S'il y a eu des plans au-delà du sixième, vers le début des années soixante-dix, ils étaient vidés de leur substance en raison de l'inscription de la France dans l'économie mondiale. La dimension sociale a été disjointe et il n'est resté que le culte de la croissance dans les années où elle a semblé se dérober. Le social désormais se traite dans la lutte, notamment dans la rue. On ne parle plus de la politique de répartition de cette croissance affaiblie. Pour des raisons que je n'ai pas le temps de décrire même sommairement, mais qui tiennent à la libéralisation de notre société, elle se fait selon le slogan "que le meilleur gagne" et il est intéressant de voir comment cela est en train de se traduire dans l'intention de "moderniser" la France en la réformant au pas de charge.

 

On voit bien par ailleurs qu'une nouvelle variable s'introduit dans le débat qui laisse perplexe : la dimension écologique, dont on ne sait pas encore trop que faire. Ce qui était abstrait jusqu'alors ou attribué à des jeunes "verts" folkloriques et poètes peu crédibles s'introduit concrètement maintenant dans la vie des gens : air difficile à respirer à certains moments, nappes phréatiques polluées, rivières asphyxiées où les poissons ne subsistent plus, dérèglements climatiques, catastrophes naturelles, maladies endémiques nouvelles, disparition d'espèces, etc. Naguère, au motif que la nature ne vote pas, on a laissé cette question en friche. On ne le peut plus maintenant, mais on ne sait pas encore quoi faire qui ait un effet significatif sans coûter effroyablement cher. Un climat d'inquiétude s'en dégage.

 

Dans cette société de consommation qui est désormais la nôtre, il est un aspect de la vie des gens qui est peu relevé, procédant de l'abandon d'un humanisme plénier au seul profit de la dimension économique. La plupart d'entre nous sont socialement et culturellement  réduits à la dimension économique en tant que travailleurs, épargnants et consommateurs. Et si quelqu'un ne présente pas une de ces caractéristiques il est rejeté, marginalisé, exclu. C'est tout de même le cas de presque 20 % de nos concitoyens ! L'avoir est devenu l'obsession de chacun de nous, ce qui justifie la poursuite infernale de l'augmentation du "pouvoir d'achat" dont le nom dit bien la qualité matérielle. Si elle est naturelle pour ceux qui sont au bas de l'échelle des revenus, elle est moins justifiée de la part de très gros salaires qui ne cessent d'augmenter vertigineusement comme le révèle parfois l'actualité scandaleuse. Plus on en a, plus on en veut, dit la sagesse populaire ce que la statistique confirme.

 

Seulement voilà, l'évangile le dit bien, l'homme ne vit pas seulement de pain. Traduction l'être humain n'est pas qu'économique et s'il l'oublie ou si la société est bâtie en ne le  considérant que comme cela, il est mutilé dans ses autres capacités. Car l'homme est aussi un penseur par lui-même et non un consommateur de prêt à penser correct. L'homme est un créateur d'art et de beauté et pas seulement un visseur de boulons ou un guichetier harassé. L'homme est social, fait pour la relation, et pas confiné solitaire parmi ses gadgets. L'homme est fait pour la famille et pas pour son seul employeur. L'homme est un contemplatif, un spirituel, un religieux, pas seulement un hyperactif. Faute de pouvoir déployer tout cela, dont le temps et le goût lui sont enlevés, peut-on dire que l'homme des pays riches est un homme développé ? Je penche pour le contraire. Je crois qu'il faut restaurer l'humanité de l'homme occidental et que c'est aussi important que de conférer les moyens de cette humanité à ceux qu'aliène la pauvreté.

 

Justement les choses sont différentes dans les pays de la pauvreté. A l'inverse de l'homme occidental qui se plaint de ne pouvoir acquérir tous les objets que la technologie lui présente mois après mois, pour l'homme pauvre le développement se confond avec la croissance. Quand on est obsédé par le souci de ce que l'on mangera demain, que l'on n'a qu'un abri branlant, que l'on n'a pas accès ni aux soins primaires, ni à l'école, il faut d'abord que le produit matériel permette la satisfaction des besoins les plus élémentaires de la vie humaine, sans lesquels il n'y a pas de vie physiologique normale ni de dignité. L'encyclique de Paul VI le dit, il faut avoir plus pour être plus. Mais à cet égard les pays de la pauvreté sont enfermés dans un cercle vicieux : pour le décollage économique il faut des hommes formés et disponibles, mais faute de décollage de la croissance on ne peut les former. Le dénouement de ce dilemme suppose ou bien une voie originale basée sur la culture ancienne et quelques avantages comparatifs, comme en Chine, en Inde, au Brésil, en Corée du Sud, etc. pays dits émergents, ou bien il faut un appui fraternel des pays riches pour l'amorçage. C'est cet appui qui fait défaut, je vais en parler dans un instant.

 

Ainsi donc l'homme des pays riches est aliéné par la culture de la richesse qui réduit son être à sa dimension économique et laisse le reste en jachère, alors que l'homme des pays pauvres est aliéné par sa pauvreté mais demeure encore riche de ses traditions prenant son être dans sa totalité. Un dialogue idéal des uns et des autres enrichirait l'humanité dans son ensemble. Dans l'état actuel des choses c'est hélas une utopie. Mais rien n'empêche d'y entrer pour la faire devenir réalité. C'est l'idée qui est sous-jacente à celle de partenariat aux avantages mutuels que le CCFD veut mettre en oeuvre.

 

 

 

 

 

 

 

3. Ou en est-on de la solidarité ?

 

Elle est en berne aussi bien au sein d'un pays comme le nôtre que dans les relations entre pays riches et pays pauvres.

 

Débarrassons nous d'abord de ce que recouvre de pervers le terme de charité. Cela fait de la peine de reconnaître la dévaluation de ce terme par l'usage abusif qui en a été fait. Car "charité" énoncée en lettres de feu c'est la caractéristique même du don inépuisable et de l'alliance de Dieu avec les hommes. Pourtant la charité assistancielle a tellement servi d'alibi pour éviter toute forme de partage institutionnalisé, a tellement été dissymétrique, n'attendant en retour que de la reconnaissance, a tellement éliminé du rapport de charité l'initiative du bénéficiaire, que l'on ne peut plus raisonnablement en parler. Et pourtant on constate un pullulement d'actions de petits groupes "charitables" à l'égard de gens des pays pauvres,  qui évitent de passer par la médiation des institutions existantes afin de  garder la liberté à l'égard des règles de la solidarité, telles qu'exposées dans Populorum Progressio ; pour garder la main mise sur telle action entreprise, garder la maîtrise de l'usage des fonds, et obtenir une reconnaissance sans avoir à la partager.

 

Chez nous le système de protection sociale qui fonctionne depuis la fin de la guerre et s'est déployé dans tous les secteurs de la société sans exception demande un certain ravalement. Il est devenu trop coûteux et souffre de quelques abus d'usage. Les soins modernes sont de plus en plus coûteux et le vieillissement croissant de la population obère les budgets. Alors que faire ? Alléger les coûts certes ou alléger les prestations, ou recourir à l'impôt, ou tirer des ressources croissantes des mutuelles, cela ne fonctionne guère longtemps à l'usage.  Dans tous les cas cela repose sur une solidarité instituée par la loi.  Certains, qui en ont les moyens, complètent ce système légal pour se couvrir par des assurances personnelles des principaux risques. Ils aimeraient pouvoir sortir du système légal, se soustraire par conséquent à la solidarité. Il est à craindre que de manière détournée la privatisation de la protection sociale ne progresse et produise des discriminations contraires à notre tradition républicaine.

 

Il y aussi un autre domaine où la solidarité régresse par invasion de la société marchande. De tous temps existe une solidarité de proximité, des services mutuels gratuits que l'on se rend entre parents et voisins. Certes elle est plus difficile à exercer dans le cadre de la grande ville tel qu'il est conçu, car on s'y connaît peu. Mais les personnes âgées, les isolés, les malades, les petits enfants dont les mères travaillent au dehors, font l'objet d'entraide. De plus en plus cette solidarité apparaît comme un gisement de profits : distribution de repas, services ménagers payants, etc. fournis par des entreprises. La solidarité interpersonnelle est ainsi réduite par le profit financier.

 

Le plus troublant c'est la mascarade de la solidarité internationale, présentée par les gouvernements sous des ornements dorés alors qu'en dessous elle est vêtue d'oripeaux malpropres.

 

Voici une petite histoire édifiante. En 1968 une réunion de l'ONU sur la solidarité pour le développement, tenue à New Delhi, avait à trancher du montant souhaitable de transfert de ressources des pays riches pour le soutien aux pays en développement. Ces derniers souhaitaient 1 %. Les premiers ont consenti à 0,7 %, ce qui n'est pas sensationnel mais mieux que rien. Or en 2000, au moment où commence le troisième millénaire, aux mêmes Nations Unies les pays riches s'engagent à porter le montant de l'aide au développement à? 0,7 %, trente cinq ans après new Delhi. Et cela parce qu'à aucun moment l'aide n'a atteint l'objectif, déjà bien heureux quand elle en a atteint la moitié. Les Etats-Unis en particulier se sont montrés réticents, fidèles à leur conception libérale où c'est le commerce qui doit susciter le développement et non l'aide. Nous sommes à sept ans de cet énoncé solennel mais les financements ne sont guère au rendez-vous. La communauté internationale ne veut manifestement pas partager, même marginalement, ses propres richesses.

 

Seuls les pays scandinaves, Suède, Norvège, Danemark et aussi les Pays-Bas ont atteint et même dépassé les 0,7 %. La France ne fait pas très bonne figure dans ce palmarès, avec 0,42 % en dépit de déclarations enflammées épisodiquement. Dans notre actualité de ces jours-ci il en est fortement question puisque l'on affirme qu'il faut une aide significative si l'on veut que les candidats à l'émigration restent dans leurs pays. Mais ce n'est pas la première fois qu'on le dit, Jacques Chirac l'a proclamé bien des fois. L'ennui c'est que l'on n'a rien fait vraiment. Et ce n'est pas parce qu'il existe un ministère de l'immigration et du co-développement que l'on va faire plus pour autant.

 

Ce n'est pas seulement la faute des gouvernements, c'est aussi celle des citoyens  que nous sommes. Nous avons tellement de besoins et nous sommes si peu solidaires de ce qui se passe au loin que nous n'appuyons pas les efforts en faveur de ceux qui de toutes façons ne votent pas chez nous. La solidarité en question été totalement absente des récentes campagnes électorales. Et vous savez d'expérience combien, même dans le public des fidèles censés manifester la charité du Christ, il est difficile de faire dénouer les cordons de la bourse.

 

Alors pour faire bonne figure les gouvernements occidentaux trichent dans l'annonce qu'ils font de la participation à l'aide. En 2005 on s'est réjoui de ce que l'aide internationale avait soudain fait un bond. On a déchanté l'an suivant. L'explication était qu'en 2005 on avait inclus l'annulation de la dette du Nigeria, et aucune opération de cette envergure n'a eu lieu en 2006. Voila comment on triche : en comptant dans l'aide les annulations de dette, mais aussi beaucoup d'autres choses. Une étude récente montre que seulement un peu plus de 40 % des sommes affichées vont effectivement aux bénéficiaires, le reste est constitué dans l'ordre décroissant, du coût des études techniques, de l'annulation de dettes, de frais de gestion, de soutien aux réfugiés habitant le pays donateur et de soutien aux étudiants dans ce même pays.  Et les 40 % d'aide réelle sont adressés à des gouvernements et non à des peuples, qui en font pratiquement ce qu'ils veulent, ce n'est pas forcément le développement populaire !

 

En comparaison l'aide envoyée par les immigrés aux familles restées au pays est d'un montant supérieur à l'aide internationale affichée !

 

En contrepartie il faut mentionner les différentes formes de pillage qui prévalent au bénéfice des pays riches. Sans entrer dans le détail on peut mentionner le poids de la dette. 2000 milliards de dollars sont dus encore aux institutions financières et aux organismes publics occidentaux. Et cela malgré d'incessants remboursements des intérêts dont le cumul représente plusieurs fois le montant de la dette. Grâce à ce système la dette devient quasiment perpétuelle. Les pays riches vendent aux pauvres des produits alimentaires ou de biens manufacturés que nous subventionnons, empêchant les agricultures et les industries de produire, de vendre et d'exporter. Les cours mondiaux des matières premières sont fixés dans des bourses qui se situent toutes dans les pays riches. L'imposition de ces cours chez les producteurs pauvres revient à éliminer leurs productions. Le marché du coton a récemment fait l'objet d'une telle mesure de redressement financier de la part du FMI, qui a suscité un vif débat à l'Organisation Mondiale du Commerce. Une étude du PNUD datant de quelques années avait montré que les produits de ces pillages dépassaient cinq ou six fois l'aide affichée !

 

La conclusion de ce propos est claire : la solidarité internationale pour le développement n'a pas vraiment vu le jour et elle n'est en tous cas pas équilibrée et surtout pas désintéressée : elle doit  rapporter aux riches plus que ce qu'ils donnent! Mais qui le dit ?

 

4.  Riches ou pauvres nous sommes embarqués dans le même esquif

 

Les interdépendances dans l'économie de la mondialisation financiarisée sont d'une telle densité que l'on peut dire qu'il y a à la fois des intérêts communs et des intérêts antagonistes. Voici quelques mots à ce sujet sans prétendre faire le tour d'un environnement complexe.

 

L'intérêt antagoniste le plus évident est la compétition dans le coût de la main d'?uvre. Les entreprises modernes dont le profit est plus que jamais la raison d'être ont besoin de réduire les coûts pour élargir les marges distribuables aux actionnaires de plus en plus gourmands. Quand la masse salariale pour la production est trop élevée elles délocalisent dans des pays où la main d'?uvre est abondante, peu payée et mal protégée. Il s'ensuit des licenciements dans notre appareil productif national, dont il ne faut d'ailleurs pas majorer l'importance. Là où les choses deviennent préoccupantes pour les pays riches c'est quand ces pays à bas coût de main d'?uvre se familiarisent avec les technologies avancées, car ainsi elles concurrencent efficacement nos propres productions nationales. La Chine envahit nos étalages de produits manufacturés de plus en plus sophistiqués et elle n'est pas la seule. On a vu ces temps derniers l'irruption des vêtements et chaussures. Du coup les termes de l'échange ne nous sont plus aussi favorables.

 D'une certaine manière le citoyen moyen s'en réjouit, il peut accéder à des biens bon marché et par ailleurs si l'inflation est contenue depuis bon nombre d'années, c'est en achetant à prix toujours plus bas les matières premières et les produits manufacturés venant des pays de la pauvreté. Notre niveau de vie serait affecté si les importations devenaient plus coûteuses.

 

 

 

 

 

Un exemple d'intérêt antagoniste mais en même temps de recherche commune se trouve dans le domaine vital de l'énergie. Il est assez significatif des complexités du monde moderne. Depuis deux siècles l'énergie de la production a été tirée des combustibles fossiles, charbon, pétrole et gaz. Le premier n'est pas épuisé mais son emploi à grande échelle contribue puissamment à la pollution par le gaz carbonique. Le second est menacé d'épuisement à moyen terme. On cherche donc des énergies de substitution autres que le nucléaire qui continue à faire peur. Un peu partout désormais, à la suite du Brésil, on se tourne vers les biocarburants. Mais là on crée une compétition avec l'agriculture nourricière. C'est dans notre actualité de ces derniers mois : la récolte de céréales a été déficitaire cette année et les stocks de réserve diminuent. Une des raisons n'est pas climatique : c'est la transformation de terres à céréales en terres pour biocarburant. Et l'on sait qu'il faudrait étendre considérablement ces terres pour avoir un substitut au carburant tiré du pétrole. Or on sait aussi qu'il va y avoir très vite deux milliards d'habitants de plus dans les pays pauvres et qu'il faudra bien qu'ils mangent.

 Cela illustre le fait que la planète prise comme un tout, habitat favorable à l'homme, est dégradée par lui et que l'on se trouve devant des problèmes apparemment insolubles, des problèmes d'une telle échelle qu'on ne peut que les aborder en commun et de façon positive.  Car la nature ne connaît pas les frontières nationales : un déboisement excessif ici provoque des aléas climatiques ailleurs et nous commençons à nous en apercevoir sérieusement.

 

 Plus modestement, dans la vie sociale quotidienne, apparaissent de nouveaux problèmes dans le mode de vie et le vivre ensemble. Sans être semblables à ceux des pays pauvres ils sont parfois de même nature.  Il y a une différence pourtant : habitués que nous avons été depuis cinquante ans à être garantis et veillés par l'Etat nous ne savons plus, dans notre pays, nous mobiliser en citoyens pour résoudre solidairement ces mêmes problèmes. Là où l'Etat se moque bien des citoyens pauvres, dans les pays sous-développés, ceux-ci apprennent par nécessité à réagir et à s'organiser pour s'y substituer. Nous pourrions tirer parti de leurs efforts pour vivre sans donner procuration pour tout à un Etat qui ne peut plus tout assumer.

 Parmi les exemples qui me viennent à l'esprit à cet égard il y a le micro-crédit pour les plus démunis. C'est une offre de crédit de petite taille pour lequel les banques ne sont pas équipées et qui ne présentent pas de garanties hypothécaires suffisantes pour elles. Il a été inventé au Bangladesh, pays pauvre parmi les pauvres, par Mohamad Yunus, honoré du prix Nobel de la Paix. Quand le CCFD a lancé le soutien au micro-crédit dans les pays où il intervient, Maria Nowak le lançait en France même en fondant l'ADIE (Association pour le droit à l'initiative économique) et elle a été suivie par beaucoup.

 Le dialogue des peuples au bénéfice commun n'est donc pas une simple utopie. Et il est à tout prendre préférable au conflit.

 

5. Le CCFD dans ce monde-là.

 Le CCFD a une double singularité due à sa reconnaissance d'utilité sociale par la loi civile et celle de son appartenance à l'Eglise catholique.

 Dans son action de solidarité son créneau propre c'est d'intervenir là où personne n'intervient, notamment pas l'Etat, dans les zones de pauvreté de la brousse et des bidonvilles urbains. C'est avant tout une agence de financement de projets élaborés par les intéressés eux-mêmes en vue de promouvoir tel ou tel aspect du développement. Connaissant la fragilité de projets isolés, le CCFD soutient la volonté des gens de la base de faire des liens associatifs avec d'autres groupes porteurs, eux aussi, de projets semblables, de manière à ce qu'ensemble ils atteignent la dimension utile pour la négociation avec les autorités publiques. J'insiste bien : il s'agit de financer des groupements ou des réseaux, qui ont eux-mêmes élaboré des projets, qui se sont organisés pour le mener à bien mais n'ont pas assez de ressources financières pour cela. La relation est de partenariat, car le CCFD n'exclut pas de tirer des leçons de vie de ceux qu'il aide pour les véhiculer ailleurs, y compris en France. Trois mots donc caractérisent cette action : initiatives des pauvres, financement de leurs rêves de progrès humain, apprentissage de leurs modes de vie.

 Cela vaut aussi dans son action par le biais de la SIDI (Société Internationale pour le Développement et l'Investissement)  fondée pour permettre à des entrepreneurs pauvres, qui ne présentent pas de garanties de solvabilité pour obtenir un prêt bancaire, de créer leurs entreprises et leur emploi et passer ainsi du secteur informel au marché. La SIDI n'intervient pas directement dans la pratique du micro-crédit. Elle fait confiance à des associations qui se sont transformées en institutions financières un peu dans tous les continents pour le faire car elles connaissent bien le terrain. J'insiste sur la caractéristique modeste de cette pratique. On entend partout sur les ondes Jacques Attali se vanter d'avoir inventé le micro-crédit et grâce à "PlaNet Finances" d'avoir créé des multitudes de PME. La PME n'est pas le créneau du micro-crédit de la SIDI et ses relais, c'est plutôt l'entreprise personnelle ou l'artisanat, et la SIDI tire ses ressources pour l'essentiel d'un actionnariat militant et non d'un carnet d'adresses de grands financeurs institutionnels.  Certains de vous y participent peut-être.

Autre caractéristique du CCFD, sa présence dans tous les lieux où se débattent les questions de la solidarité : universités, entreprises, banques, organisations européennes ou des Nations Unies, présence aux forums sociaux où se bâtit une opinion publique populaire mondiale, et évidemment participation à l'association des campagnes de carême, la CIDSE , pour des actions en commun. Par construction il est aussi en liens avec les mouvements qui constituent son assemblée générale. Et j'en passe.

 Enfin, mais ce n'est pas le moindre, le CCFD avec constance contribue à l'animation de l'opinion. C'est le travail indispensable de quelques milliers de bénévoles un peu partout sur le territoire qui s'efforcent de présenter, non seulement le CCFD, mais ce que sont la pauvreté et la manière dont les gens essaient de s'en sortir. Je l'ai suggéré plus haut, c'est un travail ingrat mais la solidarité n'est pas qu'un long fleuve tranquille. On s'y brûle, on y transpire et on y prend des coups, j'en ai su quelque chose comme président. On y éprouve aussi heureusement des moments de bonheur intense. C'est pourquoi il faut la vivre avec raison et surtout passion..

 Cela implique une spiritualité particulière.  La caractéristique du CCFD c'est aussi d'être adossé à l'Eglise Catholique qui lui confère son statut canonique et alimente la vie spirituelle de ceux qui y participent. Cela est certes un atout précieux car dans les tiers mondes les Eglises forment un réseau efficace comme appui au développement et à la solidarité. Mais ce n'est pas l'essentiel. L'essentiel c'est la volonté de traduire dans les faits la fraternité des enfants de Dieu au bénéfice de ceux qui souffrent dans leur humanité et leur vie. Comprenez bien que ce que j'en dis ne signifie pas que l'on applique des normes toutes faites, mais que l'on va au c?ur de la foi et de son intelligence pour faire la volonté du Père comme nous le disons dans le Pater. Je sais bien que tous les amis du CCFD qui font partie des bénévoles ne sont pas mus par l'humanisme chrétien mais par d'autres humanismes, cependant la convergence en spiritualité les fait membres de la même famille.

 

 

 

Ce sur quoi je veux insister c'est que l'action du CCFD n'est pas seulement technique, organisationnelle comme elle se doit de l'être, mais spirituelle, inspirée par le meilleur de l'intelligence de la vie et qu'elle progresse dans l'élaboration d'une spiritualité de la solidarité.

Lors de ma présidence j'ai toujours pensé que le CCFD n'appartenait pas à ses membres, même pas à son président, car il appartient en priorité à ceux qui sont la finalité de sa mission, les pauvres des pays pauvres, et secondairement aux institutions de la République et à l'Eglise qui envoie. Pour moi le CCFD est le signe de la charité de l'Eglise de France dans son créneau propre. C'est d'ailleurs ainsi que cela m'a été présenté par certains des évêques qui suivaient le CCFD.

 C'est pourquoi je me désole de voir des chrétiens se dérober à ce signe à bâtir en faisant leurs propres "bonnes œuvres", qui leur appartiennent, sans rapport avec la mission confiée par l'Eglise au CCFD et à d'autres. C'est pourquoi surtout je me désole qu'il soit si difficile d'intéresser les gens qui vont à la messe fidèlement à la misère réelle des pauvres au loin et qu'il faille des forceps pour une collecte de carême d'un montant significatif. J'ai de la joie de ce que le CCFD réussit mais de la honte des refus de solidarité financière et je suis malheureux de l'insulte qui est faite ainsi à un Dieu qui se donne si généreusement. La messe, disent certains théologiens, comporte trois tables, celle de la Parole de Dieu, celle de l'Eucharistie et celle du Partage. Cette dernière table n'est que rarement dressée au sein de la population chrétienne et le témoignage de l'Eglise n'est plus rendu. Comment s'étonner alors que notre Eglise n'étonne plus et que tant de gens  se détournent ? Il y aurait là un pôle de travail d'animation spécifique de la communauté chrétienne : les retrouvailles avec une pratique qui paraissait si naturelle aux premières générations chrétiennes. Il y a là pour nous une tâche à ne pas négliger. Dans sa seule encyclique à ce jour Benoît XVI dit ceci : "Une eucharistie qui ne se traduit pas en une pratique concrète de l'amour est en elle-même tronquée." Tronquer l'eucharistie c'est énorme quand on y songe. Ne peut-on pas inscrire cela en lettres de feu  dans la vie quotidienne de nos églises paroissiales ?

 

 

 

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